Raides à la ville fut un vrai coup au coeur et à la tête. Il aura fallu des mois pour s'en remettre, des mois à en parcourir chaque parcelle, à en fouiller chaque recoin et pour découvrir encore et encore des textes au cordeau et d'une exigence rare. Raides à la ville est le premier album de Katel. Sorti dans un premier temps chez Olympic Disk à l'automne 2006, l'album connaît une deuxième vie en ce mois d'octobre 2007. Il ressort chez V2 dans une version à peine revue et corrigée (2 titres ont été ré-engistrés et 2 autres viennent s'ajouter au tracklisting initial). Une belle occasion pour aller percer la carapace de celle qui pourrait bouleverser le petit monde de la sempiternelle scène française. [khyungpo, octobre 2007 - photos : X]
Ton premier mini album Raides à la ville est sorti en octobre de l'année dernière sur Olympic mais j'ai cru comprendre que tu avais fait bien d'autres choses avant de te lancer en solo. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours de musicienne ?
Quelques groupes dont deux plus importants, Kétilomah, dans une veine trip-hop, et Dun Leïa, plutôt pop-rock, un duo avec lequel on a sorti un album chez East-West en 2000. Je composais moins à ce moment là, n'étant pas encore guitariste, sauf dans la dernière période de Dun Leïa. Ces expériences permettent de se déplacer, d'explorer d'autres musiques, et d'autres façons de jouer. Mais c'est l'affirmation de mon écriture qui m'a donnée envie de faire ma propre musique. J'avais besoin que tout se tienne, que tout vienne d'une même tête, après l'expérience du travail collectif.
Un six titres circulait en 2003 sur lequel figurait déjà les morceaux Carapace et La vieille , il s'agissait j'imagine d'une autoprod ?
Oui, j'avais enregistré en une journée avec mes musiciens à ce moment-là. Nous étions en trio sur scène, avec Cyrill Maudelonde à la batterie, aujourd'hui batteur de Kim Novak, et Jean-Baptiste Julien à l'orgue, multi-instrumentiste dans Newpauletteorchestra. On venait à peine de faire deux ou trois concerts et on a enregistré cette démo, qui finalement a eu de très bons retours,et nous a servi pendant les deux ans passés ensemble.
Que s'est-il passé pour toi sur le plan artistique entre 2003 et octobre 2006, date de la première sortie de Raides à la ville ?
J'ai d'abord passé un an à composer, parce que je n'avais rien d'autre que le désir d'écrire ma musique quand j'ai arrêté le groupe. Je suis donc partie de zéro, et il a fallu s'y plonger vraiment.
Ça a été une période intense, où je voyais peu à peu se dessiner ce qui allait être ma propre musique. Au bout d'un an j'ai recommencé à faire de la scène en trio. Deux ans de concerts sans chercher particulièrement de contacts avec les labels. J'avais envie de préciser ma musique, de prendre du temps pour arriver avec quelque chose d'abouti. Au moment d'enregistrer un album en autoproduction, j'ai préféré arrêter et recommencer une autre période de composition, de retourner à une forme plus épurée, de recentrer mon écriture. C'est à ce moment que j'ai écrit la plupart des titres de Raides à la ville, que je suis allée défendre en solo sur scène, et avec une nouvelle démo que j'avais enregistrée. Cette nouvelle période m'a aussi permis de préciser le son que je voulais sur disque, en travaillant plus la production des titres.
Comment s'est faite la rencontre avec les gens d'Olympic disk et ta signature sur le label ?
En novembre 2005, j'ai fait la première partie de Yann Tiersen, dont Olympic est le tourneur. Yann m'a invitée à faire d'autres premières parties, en a parlé à Olympic.
J'ai d'abord signé en édition chez Warner Chappell, puis on a tous décidé de faire ce premier disque sur le label, pour avoir la souplesse de le sortir très vite.
Comment appréhendes-tu la scène ? J'ai vu qu'il t'arrive de jouer seule ou accompagnée d'un groupe ? S'agit-il des membres du groupe Di-Ankh déjà à tes côtés sur l'album ? Quelle configuration te convient le mieux ?
J'aime les deux pour des raisons différentes. J'ai beaucoup tourné en solo alors en ce moment je prends un plaisir fou à être en groupe. Le basse-batterie est en effet celui de Di-Ankh, Julien Grasset et Charles-Antoine Hurel . Et le guitariste, Nicolas Marsanne, est aussi un compositeur dont l'univers singulier se mêle, à mon avis, parfaitement au mien. Le solo me permet à chaque fois de me recentrer, d'aller puiser au fond de la chanson sans filet. Même dans les concerts en groupe, je continue à jouer des titres en solo.
Tu fais partie de la sélection FAIR 2007, que t'apporte concrètement ce soutien du FAIR ?
Une visibilité certaine auprès des professionnels comme on dit. Très concrètement, c'est par exemple One day sur la compile du FAIR qui m'a permis d'aller cet été jouer au festival Sakifo à la Réunion. Les conseils avisées de Claude Guyot, une bourse qui m'a permis d'avoir du tour support et du matériel, les heures de cours de chant auprès de ma prof qui enseigne au Studio, qui est partenaire du FAIR, un concert sur une grosse scène à Paris pendant la fête de la musique... non ça vaut le coup!!
Comment s'est déroulé l'enregistrement de Raides à la ville ? Disposais-tu de beaucoup de moyens ? Peux-tu nous en dire un peu plus sur les musiciens présents sur l'album ?
J'avais peu de moyen et peu de temps, mais c'était un choix artistique de ma part. Je n'ai pas voulu que le disque sorte trop tard après la signature, pour rester dans la dynamique de la tournée, et produire le disque au plus près de ce que j'avais fait pendant deux ans:un travail solitaire, où j'arrangeais, j'enregistrais et je mixais moi-même. J'ai donc demandé à avoir du matériel, on m'a prêté une pièce dans un studio, dans laquel je pouvais enregistrer entre huit heures du soir et huit heures du matin. J'ai enregistré 6 titres seule en une semaine. Les titres en groupe ont été enregistrés au studio Vogue, en deux jours. Deux jours aussi pour mixer 5 titres avec Dominique Brusson (Dominique A, Nosfell...), un autre pour deux titres avec Cyrill Maudelonde, et un titre dont j'ai gardé la version démo.
Raides à la ville ne comporte que huit titres pour une durée de 26 minutes, était-ce un choix délibéré de ta part ou quelque chose d'imposé ?
Dans la ligne de cette décision je voulais un disque hors format, qui puisse être une première approche. Depuis j'ai signé chez V2 et j'ai pu ainsi finir le disque dans sa version longue : deux titres inédits, deux nouvelles versions de One day et Quel animal vit... avec mes musiciens, et une reprise... Une autre façon de faire, mais un choix en effet. Le nouveau Raides à la ville aurait dû sortir en novembre, mais il y a eu ce rachat de V2 par Universal, ce qui change fatalement le calendrier. J'espère qu'il pourra sortir assez vite, mais j'ai décidé de me concentrer sur celui d'après, que j'écris en ce moment.
On sent dans ton écriture une incroyable énergie/rage mêlée à une extrême douceur, quel est ton rapport à l'écriture ? Eprouves-tu un besoin viscéral d'écrire ?
J'ai un rapport assez difficile avec l'écriture. Je n'arrive pas à être à bonne distance pour que ça soit compatible avec ma vie quotidienne, y compris de tournée. Ecrire est tellement exigeant que c'est pour moi un gouffre duquel j'ai du mal à sortir. Alors j'ai besoin de ménager des périodes où je sais que je peux me permettre de décrocher du reste.
Sur ton site on peut lire également quelques textes, tu écris donc en dehors du format chanson ? Quand et comment t'es venu ce goût pour l'écriture ?
Au moment ou j'ai su écrire! je noircissais des carnets. Je continue à écrire hors du format chanson, mais pas assez pour prétendre en faire quelque chose de concret pour l'instant. Il faudrait vraiment s'y consacrer, et l'écriture de chanson est un travail à part. Mais ça reste pour moi un désir profond.
Quels sont les poètes, les écrivains qui t'inspirent ?
Le déclic c'est Arthur Rimbaud. Je n'ai rien lu depuis qui a eu un effet aussi radica l: il y a eu un avant et un après Rimbaud dans ma vie. Mais d'autres ont été essentiels : Henri Michaux, Maurice Blanchard, Flaubert, Proust, La Fontaine, Céline, Balzac, Jarry, Shakespeare. Bon, tout ça est très classique mais c'est tellement au-dessus de la mêlée! J'ai du mal après la lecture de tels textes à me plonger dans la rentrée littéraire! En plus moderne, j'aime la langue de Christian Prigent, surtout lorsqu'il la lit lui-même, Jude Stéfan,...
Quels sont les artistes musiciens (ou autres) qui te touchent le plus ces derniers temps ?
On m'a fait découvrir à La Réunion le Maloya, cette musique ternaire mélancolique et déchirée, très loin des clichés de musique des îles. Du blues! et spécialement le héros du mélange entre maloya et rock, un poète maudit qui a fini dans la déchéance et qui a écrit des chansons magnifiques, Alain Peters. C'est une star là-bas, et j'ai été désespérée de ne pas pouvoir trouver un seul de ses disques ici. Et je me plonge en ce moment dans l'oeuvre de Steve Reich qui me passionne.Tout ça a pour point commun un goût pour la répétition, la transe, un aspect que je veux pousser dans ma musique.
Je suis aussi dans une période de musique classique, qui je pense est lié à la période de composition.
Travailles-tu déjà sur une suite à donner à Raides à la ville ? A quand la sortie d'un véritable premier album ?
J'y travaille en ce moment, en partant de zéro, tant pis pour les chansons qui existent déjà. J'ai beaucoup tourné et vous l'aurez compris, je ne marche que par périodes! En voici une avec peu de concerts,et j'en profite.
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