| A l'instar de Raynal et de
Daeninckx, Jean-Bernard
Pouy est
une star incontestée du roman noir français
contemporain et c'est avec cette figure du néo-polar
spinoziste et poulpienne que j'avais rendez-vous lors de
la première édition du festival abraysien Horizons
Noirs. [octobre
1998] Commment es-tu devenu auteur de
roman noir ?
J-B POUY: Je n'ai jamais voulu
l'être, c'est pour ça que c'est venu tard parce que je
faisais de la peinture et différents boulots. Comme je
travaillais à l'Education Nationale, je racontais un
conte un peu tapé aux mômes, aux ados, un conte qui
avait l'air de les faire rigoler et qui me faisait
rigoler aussi, ensuite quand je suis parti du bahut,
comme j'ai vraiment une très mauvaise mémoire, je l'ai
noté tel que je le racontais, pour ne pas l'oublier.
Puis je l'ai mis dans un tiroir. Je ne me suis jamais mis
dans la position de quelqu'un qui était en train
d'écrire ou qui avait une volonté quelconque de faire
du roman ou du récit. 2 ans après un pote me l'a pris
pour le publier derrière un bouquin de Patrick Raynal,
comme c'était écrit et publié, des gens l'ont lu et
trouvé ça marrant. A ce moment-là je me suis dit que
j'allais peut-être contiuer. Je me suis mis à écrire
un roman en pensant quand même à un genre, tout en
continuant de faire dans le "tapé". C'était
"Nous avons une brûlé une Sainte", j'avais
pris une forme de roman noir, de néo-polar... Letexte a
été pris à la Série Noire. A partir de là c'était
un jeu et un plaisir et je me suis dit "j'en fait un
par an". C'est devenu mon activité principale. Je
continuai à faire d'autres trucs, je me suis dit
"autant bosser en écrivant" et je suis mis à
faire beaucoup d'articles, des trucs annexes basés sur
l'écriture puisque j'ai une spécialité : je peux
parler de tout comme je suis un non spécialiste de tout,
donc je peux parler de n'importe quoi. Je me suis aperçu
très vite que l'on me demandait beaucoup de textes
uniquement pour le ton, donc je peux faire un article
juridique, un autre sur les parfums ...
On va te chercher pour faire des
articles ?
Oui, enfin, j'ai un fond et plus les
textes s'accumulent, plus ça te pousse. Maintenant je ne
tire plus de sonnettes comme à un moment donné pour
demander du boulot, maintenant on m'appelle tout le
temps, ça c'est un truc qui vient petit à petit et qui
m'étonne puisque je n'ai jamais fait ça. Je ne veux
surtout pas être un écrivain et je me maintiens loin de
cette fonction. Je crois que ça marche parce que je fais
ça par-dessus la jambe, il n'y pas de progression due à
une oeuvre comme les écrivains qui, livre après livre,
essaient de construire quelque chose qui soit cohérent.
Ce qui me rend libre de déconner.
Tu connaissais déjà des auteurs
français ?
J'en avais lu, Le seul que je connaisse
c'est Patrick Mosconi, c'est lui qui s'occupait de la
collection Sanguine, c'est lui qui a lancé le néo-polar
en France et qui a donc trouvé tout le monde : Jonquet,
Fajardie, Raynal ...
Tu te situes comment par rapport à
tous ces auteurs ?
On ne m'a pas situé parce qu'on forme un
groupe qui n'est pas du tout un groupe cohérent. Il y a
des sensibilités différentes, des manières
différentes d'aborder le boulot, il y a aussi des prises
de positions et des opinions politiques différentes, il
y a des susceptibilités diverses, il y a des écrivains
qui ont une oeuvre à construire, mais il y a quand même
un groupe qui est celui du polar et qui n'est pas un
groupe revendiquant. On est tellement enfermé par les
autres et considéré comme étant un genre, un
sous?genre ou mauvais genre. On fait corps parce qu'il y
a une grosse activité depuis 15 ans autour du polar. On
nous invite souvent, on sillonne la France entière, on
boit des coups partout, on prend des caisses dans tous
les coins de l'héxagone et ça c'est une espèce de
ciment. Il y a comme partout des mecs qui se haissent,
physiquement et idéologiquement, mais il y a une
cohésion qui persiste parce que l'on fait partie du
polar. On est invité ensemble, donc il y a un peu une
fonction grégaire qui s'installe ... J'ai un pote:c'est
Raynal. Il est directeur de la Série Noire, ça me fait
chier mais c'est un pote avant tout.
As-tu eu des tentations de littérature
blanche ? Es-?ce que l'on est venu te le proposer ?
On est venu me le proposer mais ... Non,
je m'en moque, j'en fais de temps en temps dans des
revues mais ça reste extrêmement distancié. Je sais
très bien ce que je vaux. Dans un rayonnage de
bibliothèque de littérature blanche je suis entre
Pouchkine et Proust, il faut quand même avoir un égo et
un mental d'enfer pour se dire que le bouquin que l'on va
écrire va être là ... Pennac quand il passe en haut,
il se retrouve à côté de Péréc, il faut bien
réfléchir. C'est pas de la fausse modestie, mais quand
je lis mes auteurs favoris, je remarque que ces mecs sont
au?dessus, ce n'est pas pour ça qu'il faut s'arrêter
d'écrire. Il y a des gens qui disent que si ils ne sont
pas meilleurs que Joyce, ils doivent s'arrêter
d'écrire, ce qui est vraiment une connerie. On peut
avoir le plaisir de courir le 100 métres sans espérer
battre le record du monde, on peut avoir envie de rouler
à vélo comme un con à toute vitesse sans être
Virenque ou Jalabert ... Je garde ce plaisir d'écrire
encore et je fais donc tout ce qui me passe par la tête.
Je ferais peut?être de la littérature blanche un jour
si l'envie me prend, mais je suis quand même un militant
du livre de poche et il n'y a pas de livre de poche qui
propose des inédits de littérature blanche, donc je ne
vois pas comment je pourrais faire.
Tu n'es pas tenté par les prix ?
Non, on a plein de prix dans le polar. Il
y a presque plus de prix que d'auteurs, des prix qui sont
très très marrants. A la Roche-sur-Yon, il y a le Prix
85 qui correspond au numéro du département de la
Vendée et qui récompense la meilleure page 85 de
l'année. C'est donc un prix très difficile à avoir.
Il n'y a donc pas l'esprit de
compétition que l'on peut retrouver ailleurs ?
Je ne dis pas ça. Il y a des auteurs qui
sont jaloux des autres. L'égo de l'écrivain est un égo
très spécifique, du moins en France. Il y a quelque
chose de très fort qui est lié à l'écriture: c'est
l'intellectuel qui, en même temps, emballe du mythe et
du plaisir au kilo, alors il y a toujours cette image de
l'écrivain, celle d'un personnage hors du commun, y
compris dans le polar où des gens se trouvent attirés
par cette image forte.
Comment est né le Poulpe ?
Il est né physiquement et officiellement
un soir de "beurade". Parmi les alcooliques
présents il y avait un mec qui voulait se lancer dans
l'édition. J'en avais déjà parlé, je l'avais déjà
proposé à des boites qui ne voyaient pas ce que cela
pouvait donner. Le jeune éditeur a dit Oui et on a
foncé. Alors pourquoi ? Je suis un fanatique de
littérature populaire, un défenseur de cette
littérature et, je trouvais que dans cette littérature
que j'aimais, la littérature de gare donc, il n'y avait
plus rien, il n'y avait que ce que je juge être des
saloperies:l'Exécuteur, Brigade Mondaine, des trucs
comme ça et une littérature d'espionnage, SAS, qui sont
des livres de droite et d'extrême droite, des livres un
peu sales, avec une fascination pour la torture, avec un
érotisme machiste assez dégueulasse. On avait pas envie
d'interdire ces livres, on a donc décidé de créer un
personnage différent. Après j'ai construit ce
personnage, j'ai fait "la bible" et J'ai
demandé à Quadruppani et Raynal de m'aider de façon à
ce que ce ne soit pas que mes fantasmes, mes tics et mes
conneries qui passent, donc ils ont reformé des trucs.
J'ai appelé des potes et puis la sauce a pris.
Pour toi le Poulpe, c'est qui?
C'est un casse-couilles pour moi, pour
certains c'est plus un redresseur de torts, pour d'autres
c'est un mec vachement malheureux qui a une conscience un
peu négative du monde, pour d'autres encore c'est un
marlou qui tape sur tout ce qui bouge, un témoin, un
fouineur, pour moi c'est un orchidoclaste comme on dit en
grec, c'est un casseur de couilles, il n'est pas content
de ce qu'il voit, alors il va voir, ce n'est pas pour ça
qu'il trouve, ce n'est pas pour ça qu'il punit mais il
va voir de plus prêt ce qu'il se passe et si il peut
intervenir et se payer la bête, il le fait. Il fallait
créer un personnage un peu agissant. Quand tu regardes
comment il est fabriqué, tu vois qu'il ne peut pas
exister. Il n'a pas de papiers, il habite nullepart, il
n'est pas fiché, ça c'est de la facilité, à chaque
fois qu'il a besoin de papier, il va voir l'anarchiste
espagnol, ça ce sont des mythologies propres aux romans
de gare que l'on a reprises, car plus tu en mets, plus
ça marche. Si tu demandes aux auteurs de se casser le
cul à chaque fois pour expliquer comment on trouve un
flingue, tu perds 50 pages à chaque fois, alors que si
c'est admis et autorisé, plus personne ne se pose de
question, personne ne gueule parce que Pédro a un
véritable arsenal dans son pays, c'est une convention et
c'est cette convention qui permet de libérer le
personnage.
Le Poulpe a-t-il une couleur politique
? Le Poulpe est-il de gauche ?
Le Poulpe est ce que les auteurs qui ont écrit ses aventures sont. A priori il est libertaire,
pour une raison simple:parmi tous les auteurs de polars,
il y avait 2 trotskistes, un ex-Mao, etc, alors si jamais
je lui avais donné une appartenance politique précise,
certains auraient refusé ça, et bizarrement le mot
libertaire satisfait tout le monde, un stalinien pur et
dur comme un ultragauche dévoyé. On l'aurait appelé
anarchiste, cela aurait été gênant pour certains alors
que libertaire, non. Le Poulpe est-il de gauche ? Grosso
modo oui, maintenant on nous dit que c'est un catalogue
de la pensée jospinite, c'est dù à un effet
d'accumulation, c'est parce qu'il y a 70 bouquins plus de
100 aujourd'hui, ndlr) centrés pratiquement sur le même
truc. Il y a un effet pervers qui est celui d'une bonne
conscience de gauche et d'extrême gauche. On n'y peut
rien.
Certains reprochaient au Poulpe de
Daeninckx, par exemple, d'employer des méthodes
expéditives pour régler ses affaires ...
Ouais, mais en 68 les trotskistes
passaient leurs potes par la fenêtre, les gauchistes se
tapaient dessus entre eux à coups de barres de fer ...
Dans la mythologie libertaire, il y a un côté Action
Directe qui subsiste, pas terroriste mais bon, faut pas
s'en démarquer non plus. Il y a une violence
révolutionnaire ... Les auteurs en font ce qu'ils
veulent, c'est souvent assez éclairant sur ce que les
auteurs sont, pour ça le Poulpe de Serge Livrozet (Nice
Baie d'aisance, ndlr) est vachement intéressant. Serge
Livrozet est un type qui a mené le combat contre les
QHS, il est devenu écrivain, il s'en est sorti et le
Poulpe qu'il a rait est un des plus doux, c'est le seul
où le Poulpe se gourre et désigne des mecs qui ne sont
pas coupables, il s'aperçoit après qu'il s'est trompé
... Celui qui a le plus souffert du jugement des autres,
du corps social, c'est celui qui répercute sur le Poulpe
le fait que parfois on se plante. Prudhon, qui est un
type très perturbé, a fait un Poulpe qui doute
(Ouarzazate et mourir, ndlr), qui dit "je ne suis
qu'un gros con, je suis un bon à rien...".
Lefort, c'est vous qui êtes allé le
chercher ou bien c'est lui qui est venu tout seul ?
Cela s'est fait par l'intermédiaire d'un
attaché de presse qui travaille beaucoup dans le cinéma
et qui connaissait Gérard Lefort (Son Poulpe
s'intitule:Vomi soit qui malle y pense, ndlr) et un jour
il lui en a parlé. Il n'était pas contre, tous ceux qui
en font ont du plaisir à le faire.
As-tu une préférence parmi les 10
premiers?
Oui, mais je le dirai pas. Ce que je peux
dire, c'est qu'il y a des bouquins qui sont passés un
peu à l'as, qui n'ont pas eu de papiers. Il y en a un
dont on a pas beaucoup parlé, c'est celui de Douyère,
Bunker menteur, qui est un très joli roman et, à mon
avis, un des meilleurs Poulpes ... Ce que je peux
regretter, c'est qu'il n'y ait pas une régularité de la
critique sur ce genre littéraire, car si il y avait une
page régulière sur le polar dans des journaux comme
Libé, le Monde ou Lire, on parlerait de tous ces
bouquins. Il y aurait un effet informatif sur le lectorat
possible. C'est monstrueux qu'une telle production
littéraire, énorme, avec tout un tas de connexions qui
se font, n'ait pas un écho systématique dans la presse
spécialisée, sous prétexte que ce n'est pas de la
littérature!
Le Poulpe va-t-il exister encore
longtemps?
Il continue sa vie tant que l'on ne perd
pas d'argent dessus. Le Poulpe c'est une économie
fermée, il se suffit à lui-même. Un numéro qui se
vend bien en génère d'autres. On est tranquille
jusqu'en juin. L'éditeur a depuis accueilli Jean-Jacques
Reboux, publié des tas de polars, il va monter une autre
collection consacrée à la S.F., donc la boite
s'agrandit et pour le moment il n'y a que le Poulpe qui
la fait vivre. Bon, ça peut s'arrêter, si ça
s'arrête, ce n'est pas un problème, pour nous c'est une
victoire totale d'avoir dépassé les 50. Je veux que ça
continue parce qu'il y a plein de jeunes auteurs qui ont
envoyé des manuscrits et ce serait trop con de ne pas
les publier, de leur donner la joie d'être publiés, ce
n'est quand même pas une entreprise philanthropique et
le jour où l'éditeur perd de l'argent, il stoppe et
fait autre chose. Ce n'est pas quelqu'un qui s'est lancé
dans l'édition pour se payer une Rolls, il s'est lancé
là-dedans pour s'amuser, pour produire des coups... En
février, on lance Macno, une collection de
science?fiction, pour voir comment ça marche.
Tu vas écrire pour cette collection ?
Pour l'instant non. On essaie de prendre
tous les jeunes auteurs de S.F. français et ceux de
l'école d'il y a 10 ans, 15 ans.
Ce sera des histoires d'un héros
récurent ?
C'est une machine. Cela dépendra là
aussi de ce que les auteurs vont en faire. C'est virtuel,
c'est le Magasin des Armes, des Cycles et des Narrations
Obliques. C'est un truc qui intervient sans que l'on
sache vraiment comment et qui génère des héros.
Il y aura-t-il une trame, une bible ?
Ouais, la bible tient en 2 pages.
il y aura-t-il des figures imposées ?
Non, il y a l'explication de ce qu'est
Macno. La seule contrainte c'est que les romans doivent
se passer en 2068.
Qui est à l'origine du projet de
l'adaptation du Poulpe au cinéma ?
C'est le producteur. La télé a beaucoup
tourné autour, mais c'est Gassot qui est arrivé le
prem~er avec des ronds. Il a commandé un scénario.
C'est un scénario original auquel j'ai participé avec
Raynal, alors qu'au départ je ne voulais pas, mais il
fallait absolument que je sois là ... Ils terminent le
tournage. 9 semaines, un gros hudget, 3,7 milliards ...
Tu avais une exigence particulière en
ce qui concerne le choix du couple d'acteurs qui allait
incarner Chéryl et le Poulpe ?
Non, ils sont arrivés avec une idée qui
était de prendre Daroussin pour jouer le Poulpe ...
L'auteur n'est pas forcément celui-lu quii est le mieux
placé pour choisir un acteur. J'ai vu des photos du
tournage, pourquoi pas ... C'est un très bon acteur,
généralement il l'ait des rôles de débiles qui se
l'ont marcher sur les pieds dans un café, là il casse
la gueule à des tas de mecs, il balance un seau de Lait
caillé sur une candidate d'extrême droite, il s'amuse
...
Qui jouera Chéryl ?
Clotilde Coureau.
Si cela devait marcher, il y aurait-il
une suite ?
Gassot a dit qu'il en f'erait 2, mais je
crois que cela a coûté cher.
La sortie et le succés éventuel de ce
film devraient avoir une incidence positive sur les
ventes des bouquins ?
Oui, mais comme le film sort dans un an,
qui peut savoir où on en sera. On aimerait tenir
jusqu'à la sortie du film pour que cela puisse servir
aux livres.
Est-ce que l'on trouvera chez Baleine
(l'éditeur, ndlr) le scénario original ?
Si c'est un très gros succés,
certainement que oui. Il y aura un merchandising qui se
mettra en place, ils vendront peut?être des porte?clés
en forme de poulpe, ça je m'en occuperais moi-même. Ils
demanderont une novélisation du scénario, je le ferais
parce que le scénario est un peu différent des
livres:le personnage est plus simple, il y a moins de
références, il y a le visuel, donc il faudra
réintroduire tout ça dans le roman.
Comment abordes-tu ton rôle de
directeur de collection ?
Je ne suis pas un vrai directeur de
collection, un vrai directeur de collection choisit les
auteurs, il est embauché par une maison d'édition parce
qu'il a un pouvoir lié à ses goûts, à sa spécialité
ou à ses compétences. Tout le monde sait que je ne
refuse pas de manuscrits. Au début j'ai généré des
manuscrits en demandant aux gens d'en écrire, donc je ne
vais pas les refuser. Maintenant ce qui est plus
emmerdant, c'est qu'un tas de textes arrivent et je ne
connais pas les gens qui me les envoient, ceux?là
passeront après. De temps en temps je peux demander un
peu de travail, de faire quelques modifications, mais je
laisse la responsabilité aux auteurs. Je vérifie qu'ils
suivent bien la bible, je donne des conseils:si il y a de
la violence, il ne faut pas qu'il y ait fascination de la
violence, s'il y a érotisme, il ne faut pas,que ce soit
au détriment de l'autre, il faut Éntervenir de temps en
temps, sans être politiquement correct, il faut
intervenir dans le sens de la bible. Un directeur de
collection touche 2% sur chaque bouquin, ce qui n'est pas
mon cas puisque tout part dans une caisse noire. Je n'ai
plus aucunes des prérogatives du directeur de
collection, donc je ne le suis pas.
On a l'impression que tu n'aimes pas
laisser des textes dans des tiroirs ?
Ouais, ça me perturbe un peu. Je garde
tout ce que j'écris et ça ressort toujours. J'ai envie
de faire une nouvelle revue, donc je garde beaucoup de
choses à moi ou à d'autres.
Quel est le rôle de la musique dans ta
vie ?
J'écoute beaucoup de rock. Je suis dedans
sans être un spécialiste.
Quelle musique verrais-tu pour
accompagner La clef des mensonges ?
C'est une question difficile ... Arvô
Part, une musique inquiétante, un peu lancinante, limite
répétitive. J'aime bien les choses plus dures, dites
bas de gamme et grosse casquette, punk et hardcore.
J'aime le binaire à mort.
Parmi tous tes romans, il y en a-t-il
un qui fait partie de tes favoris ?
Je ne suis fier de rien, quand je me
relis, je suis effondré, ce que je trouve assez sain.
J'aime bien la Belle de Fontenay parce que sans le
vouloir j'ai trouvé un équilibre avec d'autres lecteurs
que ceux que j'ai intéressé immédiatement c'est à
dire ceux qui me ressemblent culturellement. C'est un peu
le même cas pour Izzo en ce moment avec Total Khéops,
il a un succès qui déborde le monde du polar. J'aime
beaucoup la Clef des Mensonges, l'un des plus tapés,
l'un des plus difficiles aussi, qui est raté parce qu'il
y a plein de trucs qui ne marchent pas dedans.
Tu n'as pas envie d'écrire une
histoire qui se termine bien ?
Le Cinéma à Papa se termine bien. Le
happy end n'est pas pour moi quelque chose qui est
contraire au roman noir. Je ne sais pas si je suis
capable de faire un roman heureux, c'est trop perturbant
à écrire. On ne peux pas être heureux dans la vie, il
y a des strates de bonheur et de rigolade, mais être
heureux en ce moment c'est difficile.
Quelle est la question que l'on ne t'a
jamais posée ?
Quand est-ce que vous arrêtez d'écrire
définitivement ? Dites-le nous que l'on puisse se
réjouir.
Le jour où le Poulpe s'arrêtera...
C'est moi qui ferait le dernier.
Cela s'arrêtera avec la mort du Poulpe
?
Non, je ne peux pas. D'abord il faut
se méfier, quand Conan Doyle a tué Sherlock, les
lecteurs sont venus casser sa baraque, ils y ont mis le
feu ... Non, je ne veux pas qu'il disparaisse, j'ai une
idée depuis longtemps:je veux qu'il vole donc il va
falloir qu'il grimpe dans un avion et qu'il décolle,
puis cela se terminera par une référence à Gordon Pin,
cela se terminera comme dans les histoires de Gordon Pin,
c'est à dire dans le blanc, ce sera une métaphore assez
intéressante:un héros de roman noir se noie et
disparaît dans une éspèce de nuage blanc ... Avec
l'àge, c'est comme Navarro, il vieillit. Il aura 40 ans
en l'an 2000. Les auteurs se rendent compte de ça, albrs
ils commencent à lui donner un côté pantouflard. Il va
faire un gosse à Chéryl, il y a des romans dans
lesquels il essaie de se marier ... Les auteurs sont
inquiets, ils voudraient que Gabriel Lecouvreur devienne
un personnage heureux.
|
| Bibliographie
sélective : |
Aux éditions Gallimard dans la Série
Noire :
Nous avons brûlé une sainte
Suzanne
et les ringards
La
pêche aux anges
L'homme à l'oreile croquée
La
clef des mensonges
Le
cinéma de papa
La belle
de Fontenay
RN
86 |
Chez d'autres éditeurs :
Cinq
Nazes (L'Atalante)
Le
Bienheureux (L'Atalante)
La
chasse au tatou dans la pampa argentine
(Canaill)e
Palmiers
et cricodiles (Clô)
Spinoza
encule Hegel (Canaille/Baleine) |
A sec ! (Canaille/Baleine)
La
vie duraille ;
La
petite écuyère a cafté (Le
Poulpe/Baleine)
54 x 13 (L'Atalante)
Le
jour de l'Urubu (La Loupiote)
13
rue Saltamacchia (Les Editions du
Ricochet)
J'ai
fait l'aérotrain (Tourisme et
Polar/Baleine)
L ABC
du métier (La Loupiote)
Cendres
chaudes (Les Editions du Ricochet) |
|