Chronique #2 - publiée le 01 juillet 2006
La météo du jour, mon cher balourd, est impétueuse. Idéale donc pour trousser quelques chroniques bien senties, du moins l’espère-je, d'une poignée de disques fabriqués dans nos contrées.
La tâche qui m’incombe aujourd’hui sera essentiellement tournée vers des œuvres élaborées par des artistes et autres groupes issus de la scène orléanaise.
Issus puisque le premier à essuyer les plâtres est laudanum, un garçon parti grossir les rangs des musiciens vivant dans la Capitale. Et ce depuis belle lurette.

Matthieu Malon, plus électroniquement connu sous le nom de laudanum, a donc proposé à l’orée du printemps et au monde mélomaniaque son deuxième opus. Son titre : your place & time will be mine. La concrétisation de cet album, sa présence dans les bacs (pas tous, le disque faisait encore dernière cruellement défaut dans les rayons de la franchise orléanaise d’une célèbre chaîne de supermarché de la culture) doit mettre un peu de baume au cœur du garçon qui avait dû renoncer à défendre dans les mêmes conditions son récent travail sous son nom. Les maquettes de son projet en français et en guitares - titré Les jours sont comptés - n’ont en effet pas su séduire les oreilles des directeurs artistiques auxquels elle furent présentées. Finalement, l’artiste n’en a pas fait cas. En plus il a de la ressource. Le successeur de Froids a donc trouvé refuge sur la Toile où il est donné pour rien.
La double vie musicale de Matthieu Malon lui a permis entre temps d’organiser la riposte en fomentant le redoutable épigone de System :on.  Your place… est un album chorale. Soit un disque où le featuring est la règle de base. La trame absolue. Avec en plus l’interdiction de toute expression en langue française et l’abandon des guitares (excepté la basse). Il y a bien des fois où Matthieu a dû se coller au chant tout de même.
Avec Collide, le morceau introductif, je me suis dit que j’étais alors invité à écouter Massive Attack qui aurait convié Perry Blake à asseoir son chant plaintif sur ses gros beat. Mais non, c’est en fait le subtil Gareth Cavil qui prête sa voix a(u)tonale à ce titre très Death in Semoy.
On the fire side enfonce le clou. Ce titre est cosigné par T., dont la voix est la vraie découverte du disque. Puis suit un tube absolu. Left-handed rigt mind, formidable dans sa conception d’un texte à double entrée.
Non, je ne vais pas être le énième chroniqueur à éreinter This 80’s-car, le seul titre qui rappelle System:on. Et pis pourquoi qualifier de ringard ce qui est en fait si familier ? Par contre je cherche encore à percer le mystère des mots écrits par son interprète, la photographe Noémie Ventura
La seconde partie du disque est beaucoup plus ténébreuse. Cette noirceur évidente n’a pas de prise sur le groove synthétique instigué par le musicien. Même le sépulcral The Only Way, défendu parfaitement par David Compain, l’ex chanteur des Boxers (groupe orléanais trop tôt disparu), arrive à faire décoller du sol l’auditeur. C’est Laetitia Sheriff qui rallume la flamme avec To Leave and return et inaugure la troisième section de ce your place… très réussi. Qui se terminera de façon plus abstrack avec Birds (half a lie) qui annonce ce que pourrait donner la transposition live de cet exercice…

On suit David Fakenahm depuis qu’il s’était mis en tête de conquérir le monde avec un groupe de rock. Depuis son groupe est mort. Le rock un peu moins. Mais lui s’entête toujours à chercher l’accord parfait. Il fait des disques alors. Il les construit patiemment chez lui entre le bandonéon de son aîné et le tapis d’éveil de la petite dernière. Au début il les rangeait par cinq sur des volumes qu’il avait baptisé simplement Histoires Courtes. Aujourd’hui il sort son premier album. Tout en pensant déjà aux deux suivants. Mais ça c’est pour l’anecdote.
Back from wherever a donc lui aussi était entièrement réalisé à la maison. Avec très peu d’apports extérieurs, si ce n’est quelques guitares fournies par Pumuckl. Malgré cela, malgré les contingences, le travail de production est remarquable. Rien ne dépasse. Le son est profond et chaleureux. Les mélodies sont accortes. Ouvragées pour que l’auditeur aux velléités d’interprète s’en empare. Back from wherever c’est une palanquée de beaux airs qui chatouillent la luette. Qui transforment une écoute respectueuse en polyphonie affreuse. C’est ce qui arrive quand on écrit de chouettes chansons. David Fakenahm s’imagine-t-il que des gougnafiers de mon espèce saccagent son travail en le beuglant lors de trajet en voiture ?  Non. Et pourtant…

Devon Miles propose un nouveau maxi. Nine Hundred.
Orléans est un vivier de groupe péchus aux tendances hardcore. Avec ses Têtes Brûlées comme fer de lance. Devon Miles est bien moins passionnant que Gravity Slaves. Devon Miles ambitionne sûrement de marcher les traces d’At The Drive-in (c’est la première référence qui me vient à l’oreille quand j’écoute leur musique). Le soucis c’est que l’on s’ennui ferme. Leur noise-core manque de corps justement. Et de voix.

Je pourrais réserver le même sort aux Baxters. Sauf que là l’enregistrement de Insanity & Illusion est parfait. Enregistré à Nyima par l’indispensable PE qui offre aux morceaux vindicatifs du groupe une puissance inédite. Malgré cela l’ensemble manque réellement de personnalité.

Achever ce nouveau tour d’horizon par l’évocation d’un disque inattendu. Celui, premier et éponyme, de Simple As Pop, projet très personnel de Steffen Charron (Overhead, Landscape, The Misadvendure Of). Un album de rock salutaire, noir mais juste ce qu’il faut pour se laisser déborder, progressiste (la musique peut l’être encore alors que nos sociétés…) et incantatoire.
Simple As Pop s’écoute sous casque, sous abat-jour, en tout cas à l’abri du monde en morceaux, en reléguant, s’il vous plaît, les références absolues mais convenues aux chroniques des faussaires. Même si à cet instant mes pensées vont à Overhead (dont sont issus certains musiciens de SAP) dont l’incroyable No Time Between a laissé une trace indélébile. En espérant que Steffen Charron entrouvre les Portes de La Gloire…

Sur ce ne laissez pas vos peaux fragiles se craqueler au soleil…

la sélection

laudanum ¬ your place & time will be mine [Monopsone Records, 2006]

Ecouter laudanum.


David Fakenahm ¬ Back From Wherever [Autoproduit, 2006]

Ecouter David Fakenahm.


Devon Miles ¬ Nine Hundred ep [HB Records / PP&M, 2006]

Ecouter Devon Miles.


Baxters ¬ Insanity & Illusion [PP&M, 2005]

Ecouter Baxters.


Simple As Pop ¬ Eponyme [Square Dogs, 2006]

Ecouter Simple As Pop.

 
 
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