La
météo du jour, mon cher
balourd, est impétueuse. Idéale
donc pour trousser quelques
chroniques bien senties, du moins
l’espère-je, d'une poignée
de disques fabriqués dans nos
contrées.
La tâche qui m’incombe
aujourd’hui sera
essentiellement tournée vers des
œuvres élaborées par des
artistes et autres groupes issus
de la scène orléanaise.
Issus
puisque le premier à essuyer les
plâtres est laudanum, un garçon
parti grossir les rangs des
musiciens vivant dans la
Capitale. Et ce depuis belle
lurette.
Matthieu
Malon, plus électroniquement
connu sous le nom de laudanum, a donc
proposé à l’orée du
printemps et au monde
mélomaniaque son deuxième opus.
Son titre : your place
& time will be mine.
La concrétisation de cet album,
sa présence dans les bacs (pas
tous, le disque faisait encore
dernière cruellement défaut
dans les rayons de la franchise
orléanaise d’une célèbre
chaîne de supermarché de la
culture) doit mettre un peu de
baume au cœur du garçon qui
avait dû renoncer à défendre
dans les mêmes conditions son
récent travail sous son nom. Les
maquettes de son projet en
français et en guitares - titré
Les jours sont comptés
- n’ont en effet pas su
séduire les oreilles des
directeurs artistiques auxquels
elle furent présentées.
Finalement, l’artiste
n’en a pas fait cas. En plus
il a de la ressource. Le
successeur de Froids
a donc trouvé refuge sur la
Toile où il est donné pour
rien.
La double vie musicale de Matthieu
Malon lui a permis entre
temps d’organiser la riposte
en fomentant le redoutable
épigone de
System :on. Your
place… est un album
chorale. Soit un disque où le
featuring est la règle de base.
La trame absolue. Avec en plus
l’interdiction de toute
expression en langue française
et l’abandon des guitares
(excepté la basse). Il y a bien
des fois où Matthieu a dû se
coller au chant tout de même.
Avec Collide, le morceau
introductif, je me suis dit que
j’étais alors invité à
écouter Massive Attack
qui aurait convié Perry Blake
à asseoir son chant plaintif sur
ses gros beat. Mais non,
c’est en fait le subtil Gareth
Cavil qui prête sa voix
a(u)tonale à ce titre très Death
in Semoy.
On the fire side
enfonce le clou. Ce titre est
cosigné par T., dont la
voix est la vraie découverte du
disque. Puis suit un tube absolu.
Left-handed rigt mind,
formidable dans sa conception
d’un texte à double
entrée.
Non, je ne vais pas être le
énième chroniqueur à éreinter
This 80’s-car,
le seul titre qui rappelle System:on.
Et pis pourquoi qualifier de
ringard ce qui est en fait si
familier ? Par contre je
cherche encore à percer le
mystère des mots écrits par son
interprète, la photographe Noémie
Ventura…
La seconde partie du disque est
beaucoup plus ténébreuse. Cette
noirceur évidente n’a pas
de prise sur le groove
synthétique instigué par le
musicien. Même le sépulcral The
Only Way, défendu
parfaitement par David Compain,
l’ex chanteur des Boxers
(groupe orléanais trop tôt
disparu), arrive à faire
décoller du sol l’auditeur.
C’est Laetitia Sheriff
qui rallume la flamme avec To
Leave and return et
inaugure la troisième section de
ce your place…
très réussi. Qui se terminera
de façon plus abstrack avec Birds
(half a lie) qui annonce
ce que pourrait donner la
transposition live de cet
exercice…
On suit David
Fakenahm depuis
qu’il s’était mis en
tête de conquérir le monde avec
un groupe de rock. Depuis son
groupe est mort. Le rock un peu
moins. Mais lui s’entête
toujours à chercher
l’accord parfait. Il fait
des disques alors. Il les
construit patiemment chez lui
entre le bandonéon de son aîné
et le tapis d’éveil de la
petite dernière. Au début il
les rangeait par cinq sur des
volumes qu’il avait baptisé
simplement Histoires
Courtes. Aujourd’hui
il sort son premier album. Tout
en pensant déjà aux deux
suivants. Mais ça c’est
pour l’anecdote.
Back from wherever
a donc lui aussi était
entièrement réalisé à la
maison. Avec très peu
d’apports extérieurs, si ce
n’est quelques guitares
fournies par Pumuckl.
Malgré cela, malgré les
contingences, le travail de
production est remarquable. Rien
ne dépasse. Le son est profond
et chaleureux. Les mélodies sont
accortes. Ouvragées pour que
l’auditeur aux velléités
d’interprète s’en
empare. Back from wherever
c’est une palanquée de beaux
airs qui chatouillent la luette.
Qui transforment une écoute
respectueuse en polyphonie
affreuse. C’est ce qui
arrive quand on écrit de
chouettes chansons. David
Fakenahm s’imagine-t-il que
des gougnafiers de mon espèce
saccagent son travail en le
beuglant lors de trajet en
voiture ? Non. Et
pourtant…
Devon
Miles propose
un nouveau maxi. Nine
Hundred.
Orléans est un vivier de groupe
péchus aux tendances hardcore.
Avec ses Têtes Brûlées
comme fer de lance. Devon
Miles est bien moins
passionnant que Gravity Slaves.
Devon Miles ambitionne sûrement
de marcher les traces d’At
The Drive-in (c’est la
première référence qui me
vient à l’oreille quand
j’écoute leur musique). Le
soucis c’est que l’on
s’ennui ferme. Leur
noise-core manque de corps
justement. Et de voix.
Je pourrais
réserver le même sort aux Baxters. Sauf
que là l’enregistrement de Insanity
& Illusion est
parfait. Enregistré à Nyima par
l’indispensable PE
qui offre aux morceaux
vindicatifs du groupe une
puissance inédite. Malgré cela
l’ensemble manque
réellement de personnalité.
Achever ce nouveau
tour d’horizon par
l’évocation d’un
disque inattendu. Celui, premier
et éponyme, de Simple
As Pop, projet
très personnel de Steffen
Charron (Overhead, Landscape,
The Misadvendure Of). Un album de
rock salutaire, noir mais juste
ce qu’il faut pour se
laisser déborder, progressiste
(la musique peut l’être
encore alors que nos
sociétés…) et
incantatoire.
Simple As Pop
s’écoute sous casque, sous
abat-jour, en tout cas à
l’abri du monde en morceaux,
en reléguant, s’il vous
plaît, les références
absolues mais convenues aux
chroniques des faussaires. Même
si à cet instant mes pensées
vont à Overhead (dont sont issus
certains musiciens de SAP) dont
l’incroyable No Time Between a laissé une trace indélébile.
En espérant que Steffen Charron
entrouvre les Portes de La
Gloire…
Sur ce ne
laissez pas vos peaux fragiles se
craqueler au soleil… |